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Pax Romana-Europe- Declaration Europeenne de Luxembourg

15 Settembre 2003

1. Nos générations sont marquées par une prise de conscience de l’unité européenne. Après un siècle des plus noirs dans notre histoire, après les conflits et les fascismes, la nuit et le brouillard de l’extermination nazie, le fléau communiste – pour la première fois notre continent peut envisager un avenir partagé, dans une perspective démocratique de liberté, d’égalité, d’état de droit et de respect des droits de l’Homme. Le XXième siècle a vu naître aussi de grands espoirs. Ce fut le temps d’un enracinement des démocraties, d’un essor économique incomparable, des premiers acquis œcuméniques, de l’élaboration de la pensée des Pères fondateurs de l’Europe unie et d’un renouveau pastoral et religieux entamé par le Concile Vatican II. 2. Notre mémoire blessée et la conscience de notre histoire crient à la nécessité d’une culture, d’une éducation et d’une organisation politique dans lesquelles la vie et la dignité humaine seront garanties comme fondamentales et inébranlables. 3. C’est aujourd’hui - à l’avènement d’une communauté dépassant l’ancienne division du Rideau de fer – qu’il nous faut revisiter les projets des Pères fondateurs. Leur vision de l’Europe a un principe : la liberté, une méthode : la solidarité et une finalité : la paix. 4. L’Europe - notre espace de réalisation intellectuelle, spirituelle, sociale et culturelle - doit redécouvrir son sens profond qui est ancré dans l’affirmation de la dignité humaine. La reconnaissance de cette dignité, le respect des libertés individuelles et le lien de causalité entre l’inviolabilité des libertés fondamentales et l’épanouissement social sont les plus européens des acquis. Ils sont issus de la pensée européenne, donc des philosophes antiques, des Pères de l’Eglise, de la tradition religieuse judéo-chrétienne, des grands universitaires du Moyen-Age et de la Renaissance, de la vision humaniste et de la pensée moderne et contemporaine. 5. L’unité de l’Europe ne peut s’épanouir que dans une reconnaissance mutuelle des diversités culturelles, religieuses et philosophiques qui ont fait la force de l’expérience européenne. Cette reconnaissance doit toutefois être soumise à l’impératif non seulement des droits mais aussi des devoirs et responsabilités dont est porteuse toute personne et toute collectivité humaine. 6. L’Europe culturelle et intellectuelle doit redécouvrir le sens transcendant de la liberté. Elle doit reconnaître en toute recherche scientifique et création artistique une finalité éthique, visant l’épanouissement des hommes et des sociétés. La lecture des travaux de la Convention nous amène à prôner une place bien plus fondamentale aux questions de la culture, de l’éducation et de la formation qui se posent aujourd’hui comme les fondements les plus stables de l’unité et du développement de l’Europe. 7. L’Europe religieuse vit un grand besoin de compréhension fraternelle issue d’un dialogue anthropocentrique fondamental entre les grands systèmes religieux. La chrétienté - indivisible de l’expérience européenne – doit aujourd’hui franchir le pas de l’œcuménisme, dépassant le seuil humain des particularismes, dans une foi commune, dans l’espérance partagée et dans un amour mutuel entre les traditions qui la composent. Dans toute l’Europe, il nous faut rechercher sans cesse un accord profond entre la dimension religieuse et spirituelle de l’être humain d’une part et sa dimension sociale et politique de l’autre, persuadés que c’est dans une perspective de conscience que l’on retrouve les critères nécessaires à l’application des valeurs sociales, culturelles et politiques. 8. L’Europe économique ne peut se comprendre en termes de finalité, sans la solidarité dans la production et le partage des biens, aussi bien à l’intérieur de nos sociétés, qu’à travers le monde. Le sens de l’histoire nous a placé au centre des nouveaux réseaux et mouvements globalisants. Il nous faut aujourd’hui promouvoir la globalisation des responsabilités. L’engagement contre la pauvreté et l’exclusion resteront un critère de jugement de l’Europe Unie et des Européens. 9. L’Europe politique doit - dans un processus toujours dynamique - redécouvrir la subsidiarité, comme un paradigme impératif. C’est dans le rapport du politique au citoyen que se trouvent les réponses au problème du désintérêt des choses publiques ressenti dans nos sociétés. 10. L’Europe doit rechercher une voie de présence dans le monde, basée sur les mêmes valeurs qui l’animent intérieurement. Ce sont ces valeurs – et non pas la domination ou la concurrence – qui la rapprocheront de ses vrais buts, que sont la paix et le bien-être des sociétés. 11. Nous, chrétiens, membres de divers organismes intellectuels et professionnels, vivant dans diverses régions européennes, engagés dans diverses voies politiques, sociales, spirituelles et professionnelles, réunis à Luxembourg lors de la Conférence Européenne du Mouvement International des Intellectuels Catholiques Pax Romana, dans un effort constant de relecture des signes de notre temps, confirmons notre responsabilité et notre engagement chrétiens face à ces défis européens. Luxembourg, 6 Septembre 2003